Explosion de la violence en Israel-Palestine

Publié le 25/05/2021
Type : Interpellation

NB : Cette interpellation se joint à celles de : 

- Mme Gahouchi, sur « l'escalade du conflit entre Israël et la Palestine » ;
- M. Bastin, sur « la position de la Wallonie face au nouveau cycle de violences entre Israéliens et Palestiniens »
- la proposition de résolution visant à affirmer le soutien de la Wallonie au peuple palestinien et à demander des sanctions
à l'encontre de l'État d'Israël, déposée par M. Mugemangango, Mme Bernard, MM. Dupont, Liradelfo, Beugnies et Mme Lekane
Vous retrouverez ici l'intégralité des échanges.

 
Mme Bernard (PTB) – Le texte, que nous déposons aujourd'hui, vise à condamner fermement les violations répétées du droit international et la politique coloniale de l'État israélien, en particulier la politique systématique
et illégale d'annexion menée en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Elle vise à ce que le gouvernement œuvre à la mise en place de sanctions à l'égard de la politique coloniale et d'apartheid d'Israël tant que cet État continue de
violer le droit international.

Alors, comme tout le monde le sait, depuis maintenant près d'un mois, les violences commises à l'égard du peuple palestinien ont repris, que ce soit à Jérusalem-Est ou à Gaza. La répression qui s'abat au cœur de la vieille ville de Jérusalem à l'encontre des Palestiniens est un épisode supplémentaire de la politique de colonisation menée par les gouvernements Netanyahou à l'encontre des Palestiniens de Jérusalem-Est et de la Palestine occupée. En effet, cette répression a pour origine la mobilisation d'habitants du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem contre l'expulsion programmée de leur maison de plusieurs familles palestiniennes. Cette expulsion rentre dans le cadre de la stratégie de colonisation du gouvernement israélien envers les quartiers arabes de la ville.

Depuis le 10 mai, on a compté 230 morts dont 61 enfants du côté palestinien. Plusieurs bâtiments, dont des bâtiments de première nécessité dans la lutte contre le covid ont été visés par l'aviation israélienne. On pense par exemple à l'hôpital Shifa à Gaza qui contenait le laboratoire qui permettait les analyses des prélèvements.

Alors, évidemment, cette situation qui s'est enflammée ces derniers jours, cela ne date pas d'aujourd'hui. Israël viole le droit international depuis 1948. Plus de 750 000 Palestiniens se sont retrouvés chassés de chez eux au moment de la création de l'État d'Israël et leurs descendants ne bénéficient toujours pas du droit au retour, se retrouvant dans de nombreux cas, apatrides. Les accords d'Oslo de 1993 qui devaient mener à une autonomie progressive des territoires occupés ne sont pas respectés par Israël. En 2018, Israël s'est doté d'une loi
fondamentale qui le définit comme le foyer national du peuple juif. Les Palestiniens vivant sous occupation israélienne ou alors à l'intérieur des frontières légales israéliennes sont de véritables citoyens de seconde zone,
car ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les colons et les Israéliens juifs.

La bande de Gaza et ses 2 millions d'habitants sont sous blocus depuis juin 2007, ce qui veut dire qu’Israël contrôle toutes les entrées et sorties de personnes et de marchandises. Les restrictions sont telles que le produit intérieur brut de Gaza a été réduit de moitié. Les bombardements contre la bande de Gaza en 2008, 2012 et 2014 ont fait plus de 3 000 victimes palestiniennes et ont détruit les infrastructures de base, provoquant une catastrophe humanitaire.

Tous ces faits ont amené la Cour pénale internationale, la CPI, en mars 2021 – donc récemment – à ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés dans les territoires palestiniens. L'ONU et la Croix-Rouge estiment qu'il s'agit d'une punition collective. Les Nations Unies ont révélé que Gaza deviendra invivable en 2022 – c'est-à-dire après-demain. Les protestations des autorités diplomatiques lors de ces actes illégaux ne suffisent pas pour changer les politiques d'État d'Israël. Les règles de droit international violées par Israël entrainent trois types d'obligations pour tous les États de la communauté internationale. Il s'agit de faire respecter les normes de droit international concerné. Il s'agit de ne pas reconnaitre la situation illégale crée du fait de ces violations et il s'agit de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation. Ces obligations ont été détaillées dans l'avis consultatif, rendu en 2004 déjà, par la Cour pénale internationale de justice concernant l'édification
du mur de séparation construit par Israël. Cet avis consultatif de la Cour internationale de justice à conduit l'Assemblée générale de l'ONU a exigé que tous les États membres de l'ONU s'acquittent de leurs obligations juridiques telles qu'elles sont énoncées dans l'avis consultatif.

Selon François Dubuisson, qui est professeur en droit international à l'ULB, il s'agit pour les États de prendre toutes les mesures raisonnablement envisageables qui sont de nature à inciter effectivement l'État concerné à
respecter le droit international. Il est à fortiori exigé que les États s'abstiennent d'actes qui iraient à l'encontre de l'objectif d'incitation au respect du droit humanitaire, comme le fait de financer, favoriser ou faciliter des activités économiques directement liées à des violations graves du droit international en cause.

Il n’est en effet pas compatible avec l’objectif de faire cesser les violations liées à la colonisation et au droit à l’autodétermination de faire du commerce avec des entités qui matérialisent cette illégalité et ainsi de participer à leur vie économique ».

C’est une citation un peu compliquée. En gros, le professeur Dubuisson dit que, si l’on veut agir en tant qu’État pour empêcher Israël de continuer sa politique de colonisation et d’apartheid, il faut arrêter de participer à sa vie économique et donc de faire du commerce.

Chers collègues, je pense que beaucoup d’entre nous ici sont d’accord sur le fait qu’il est de notre devoir d’être du côté d’un peuple colonisé et martyrisé, qui résiste avec ses propres armes face à un État oppresseur et colonisateur, comme nous avons pu être du côté du peuple sud-africain dans la lutte contre l’apartheid. C’est le sens de l’histoire.

C’est pour cette raison que nous demandons à ce que le Gouvernement wallon prenne des sanctions envers Israël en interdisant toute forme de mission économique en Israël, en fermant la représentation économique
que l’AWEx a avec Bruxelles à Tel-Aviv et en plaidant auprès du Gouvernement fédéral pour une mise en place de sanctions claires.

Je vous remercie pour votre écoute.


Mme Gahouchi (PS) – Monsieur le Ministre-Président, les violences entre l’État hébreu et les groupes palestiniens de la bande de Gaza se poursuivent malheureusement – il y a eu un petit cessez-le-feu il n’y a pas si longtemps que cela –, faisant de nombreuses victimes, en majorité palestiniennes.

Les raids se sont poursuivis sur l’enclave palestinienne et les avions de chasse israéliens lâchent plusieurs missiles sur les bâtiments de la ville de Gaza. Les bombardements ont notamment touché la seule clinique pratiquant des dépistages du covid dans l’enclave menée par la pauvreté et sous blocus israélien depuis plus de 15 ans.

À la crise sécuritaire s’ajoute le risque d’une crise humanitaire, avec près de 40 000 Palestiniens déplacés et 2500 personnes qui ont perdu leur maison dans les bombardements.

De son côté, le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza, a menacé de tirer de nouvelles roquettes en direction de Tel-Aviv si l’aviation israélienne ne cessait pas de cibler des civils, tandis que ses missiles se sont abattus par dizaine sur le sud d’Israël.

Face à cette escalade de violence de part et d’autre, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait mardi dernier une quatrième fois en urgence alors que les États-Unis refusaient toujours l’adoption d’une déclaration du conseil appelant à une cessation des violences.

Depuis le début des hostilités, le 10 mai 2021, 250 Palestiniens ont été tués à Gaza, dont au moins 61 enfants et plus 1400 blessés, selon un bilan palestinien.

Côté israélien, 10 personnes ont été tuées dont un enfant et 294 blessés après des tirs de roquettes. Ce bilan est sans doute malheureusement encore plus lourd aujourd'hui puisque j'écrivais cette interpellation la semaine passée. En Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, le président Mahmoud Abbas a plaidé devant l'émissaire américain, Hady Amr, pour une intervention de Washington. La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaky a défendu une approche diplomatique discrète, mais intensive de Washington sur ce dossier.

Les présidents français et égyptiens, Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi, travaillent eux aussi à une médiation visant à obtenir un cessez-le-feu et comptant solliciter l'appui de la Jordanie.

Un autre canal s'est ouvert, via l'ONU, aidé au Qatar et de l’Égypte.

L'Union européenne, Monsieur le Ministre-Président, s'est également à son tour penchée sur le conflit en cours – le plus meurtrier, il faut le rappeler, depuis l'été 2014 – lors d'une visioréunion d'urgence des ministres européens et des affaires étrangères.

Récemment, vous aviez indiqué, comme l'indiquait l'Union européenne, qu'il faut à tout prix que la communauté internationale et notre pays – notre pays s'est exprimé par la voix de la ministre des Affaires étrangères, Mme Wilmès – se mobilisent pour convaincre les deux parties de stopper immédiatement les
hostilités. Vous aviez également condamné les violences manifestes du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Je vous cite : « l'appropriation par un État de territoires acquis par la force et la modification des frontières dans les mêmes conditions sont tout simplement illégales et totalement inacceptables ».

Dans votre dernière réponse, Monsieur le Ministre-Président, vous évoquiez également une rencontre prévue à court terme avec l'ambassadeur de Palestine afin d'analyser non seulement la situation actuelle, mais plus
généralement les relations entre la Wallonie et la Palestine. Vous espériez également vous entretenir avec l'ambassadeur d'Israël dans des délais relativement courts.

Ces rencontres ont-elles pu avoir lieu ? Si oui, quel bilan en tirez-vous ? Sinon, sont-elles programmées dans un délai relativement court ?

On constate que la communauté internationale se mobilise pour convaincre les deux parties d'un cessez-le-feu durable. Quel a été le discours porté par notre pays au sein du Conseil européen ? Comment la Wallonie se positionne-t-elle au regard des nouvelles actions entreprises dans les enceintes internationales dans les démarches qui sont en cours afin d'enrayer ce cycle de violence ?

Je voulais aussi répondre au PTB et expliquer que, depuis toujours, dans cette enceinte, nous nous sommes exprimés contre ce conflit. Nous avons toujours soutenu une solution pacifique négociée entre les deux États.

Nous condamnons évidemment toute forme de violence, même si nous sommes conscients aujourd'hui de la situation des populations civiles palestiniennes.

En témoigne notamment, les demandes que nous portons dans un texte déposé au niveau fédéral qui demande qu'Israël ouvre les points de passage entre Israël et la bande de Gaza en vue de permettre la libre importation
et exportation de biens et garantir la liberté de circulation des Palestiniens entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.

Nous demandons aussi, dans le texte fédéral, de garantir l'accès aux terres agricoles et aux zones de pêches appartenant à la bande de Gaza, y compris les zones proches des frontières ainsi que la protection civile à ces endroits. Nous demandons aussi de faciliter la sortie des patients nécessitant un traitement médical en dehors de la bande de Gaza. Nous demandons également de mettre tout en place pour que des élections démocratiques
libres et transparentes puissent être organisées dans la bande de Gaza et que l'envoi d'observateurs électoraux de l'Union européenne puisse être autorisé.
Toujours dans ce même texte déposé au Fédéral, nous demandons d'appeler l'Union européenne à se préparer à tous les résultats possibles à l'issue des élections législatives et présidentielles dans les territoires palestiniens occupés, et à tout mettre en œuvre pour encourager un gouvernement palestinien contrôlant la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est et la bande de Gaza.

Nous demandons aussi – et c'est l'essentiel – d'assortir le maintien du blocus à des sanctions, y compris économiques au niveau européen. Nous demandons à ce que les Palestiniens de la bande de Gaza bénéficient du mécanisme COVAX, mécanisme codirigé par l'OMS, l'alliance Gavi et la CEPI : la coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies. Cela vise une collaboration pour un accès mondial au vaccin et à ce que la qualité des soins liés à la pandémie du covid-19, en ce compris les soins de santé mentale, soit garantie.

Nous demandons de veiller au niveau bilatéral, multilatéral et au niveau européen à ce que l'aide humanitaire soit renforcée dans le territoire de la bande de Gaza durant la crise sanitaire mondiale due au covid.

Madame la Députée, vous voyez que nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous n'avons pas joué à des palabres, nous ne nous sommes pas rencontrés pour le plaisir de nous rencontrer et discuter de la situation.
On a déjà pris des mesures.

Et le Fédéral a pris aussi en considération plusieurs positions la semaine passée en Kern. Il s'est prononcé sur la désescalade des violences. On a obtenu un cesser-le-feu. Nous espérons qu'il continuera.

Je pense qu'il faut aller plus loin aujourd'hui, et ne pas s'arrêter : condamnation des colonies, l'annexion, les occupations aussi. Et la Belgique est en faveur de deux États dans les frontières de 67.

Le Kern a aussi pris la défense des droits humanitaires, l'accès à Gaza, et travaille à une liste de mesures incitatives, notamment des contre-mesures, en renforçant la politique de différenciation entre les produits israéliens issus des colonies et les autres.

Je pense que toutes ces mesures sont des mesures qui sont réfléchies. Nous faisons de la politique, mais nous ne faisons pas de la politique spectacle.

Nous faisons de la politique, et nous sommes conscients que les choses
peuvent bouger, grâce à ces mesures prises un peu partout. Vous savez, Monsieur le Ministre-Président, que nous avons déposé des motions dans toutes les assemblées : au sénat, au Fédéral, et incessamment sous peu
dans les conseils communaux.


Mme Ryckmans (Ecolo) – Monsieur le Ministre-Président, je pense que tout le monde conviendra de dire que la situation est vraiment dramatique en Israël et en Palestine, que la Wallonie, la Belgique et la communauté
internationale se doivent de réagir et d'agir.

En suivi de la séance plénière et de la manière dont M. le Ministre-Président s'est déjà exprimé le 12 mai dernier, mais aussi suite aux éléments intervenus sur le terrain depuis lors, mais aussi sur la scène internationale entretemps, je pense qu'il est important de se pencher avec profondeur sur la question.
Je vais rappeler l'origine de cette explosion de violence. C'est ce plan d'expulsion forcée de plusieurs familles dans le quartier palestinien Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est qui est l'évènement déclencheur d'une importante
escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. On sait que ces familles résidentes de Sheikh Jarrah qui étaient originellement réfugiées de territoires aujourd'hui situés en Israël, y ont été installées en 1956, en
échange de la révocation de leur statut de réfugiés.

Selon les termes de l'accord initial conclu entre la Jordanie et les Nations unies, elles auraient dû recevoir un titre de propriété dès 1959, ce qu'elles n'ont finalement jamais obtenu. Depuis l'annexion illégale de Jérusalem-Est par Israël en 1967, des groupes de colons extrémistes font pression pour réclamer un droit au retour de descendants de familles juives installées sur place avant 1948 et les autorités israéliennes utilisent le prétexte de cette absence de titre de propriété pour procéder régulièrement à des expulsions et permettre l'installation de nouveaux colons ayant racheté d'anciens titres de propriété appartenant à des Juifs et ainsi judaïser, en quelque sorte, ce quartier stratégique situé au cœur de Jérusalem.

D'autres quartiers palestiniens, comme celui de Silwan, subissent régulièrement des expulsions similaires.

Cette politique d'annexion est illégale sur le plan du droit international et des cortèges provocateurs de colons nationalistes ont été organisés dans les quartiers palestiniens ces dernières semaines. Protégés par la police, ils
ont mis le feu aux poudres ; les protestations des résidents palestiniens de Jérusalem se sont vu fortement réprimer par la police israélienne qui a été jusqu'à faire évacuer la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l'Islam, au moyen de grenades assourdissantes. Il y a eu plusieurs centaines de blessés du côté palestinien.

Ce sont ces événements qui ont stimulé des réactions des groupes armés islamistes depuis Gaza avec le lancement massif de roquettes, touchant de manière indiscriminée la population israélienne, provoquant des morts civils et suscitant, en riposte, des bombardements importants sur Gaza, entraînant, là aussi, des morts et des destructions de bâtiments dont, le 15 mai, celui abritant les organes de presse, Associated Press et Al Jeezira, et, le 17 mai, l'hôpital covid-19.

Ces vives tensions se sont ajoutées encore à des événements un peu plus anciens, en tout cas des rapports élaborés en janvier, février, mars, de plusieurs ONG, dénonçant le régime israélien comme se rendant coupable
de crimes d'apartheid et de persécution.

J'aurais voulu savoir, Monsieur le Ministre, si vous aviez entre-temps instruit cette question sur laquelle je vous interrogeais il y a 15 jours et rendre compte que la Wallonie doit effectivement envisager des contre-mesures et mettre en place une politique de différenciation entre les relations commerciales ou autres avec respectivement les colonies illégales, d'une part, et Israël, d'autre part.

On peut évoquer aussi la difficulté et l'impossibilité de mettre en place les élections pour ce qui concerne l'autorité palestinienne, élections qui étaient normalement prévues ce 22 mai et qu'il a été impossible de mettre
en œuvre.

Bien évidemment, on a pu obtenir, grâce à la médiation de l'Égypte, un cesser-le-feu, un arrêt des hostilités qui a pu se mettre en place.

Il fallait en effet faire stopper cette répression et ces attaques aveugles qui touchent les civils, en particulier des femmes et des enfants.

Cependant, il faut aller au-delà de ce cessez-le-feu, et je pense que le momentum est important. Pourquoi ?

Parce que, on l'a vu, les guerres éclair précédentes, au-delà des destructions qu'elles ont amenées, n'ont pas avancé d'un iota vers la solution durable aux violences systémiques qui ont cours.

Je pense qu'il est vraiment temps, et de la responsabilité de tout le monde, y compris de la Wallonie à son échelle – en gardant bien en tête ses leviers d'actions qui ne sont pas les mêmes que ceux du Fédéral, qui ne sont forcément pas les mêmes que ceux de la communauté internationale –, d'avancer vers un texte cohérent d'une part, et qui soit susceptible de produire des effets, d'autre part. Parce que, au-delà des engagements et des pétitions de principe et du rappel d'un certain nombre de dispositions, il faut avancer concrètement.

Pour revenir aux propositions ou au texte du PTB, certaines dispositions qui sont prévues dans cette résolution n'ont malheureusement aucune chance d'aboutir, et donc il me semble important d'aller vers un texte pertinent qui s'appuie notamment sur les dispositions prévues dans l'accord de Gouvernement fédéral où, pour la première fois, on a, dans un texte d'accord gouvernemental au Fédéral, des dispositions qui prévoient la mise
en place de mécanismes de sanctions.

Il est important de saisir ce momentum, d'avoir cet accord et de s'appuyer sur cet accord gouvernemental qui peut nous y aider pour mettre fin aux raisons systémiques de la violence et cela, sans manichéisme.

Par exemple, on le sait, c'est la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête sur les violations du droit international par toutes les parties. Je pense qu'il faut lui donner la possibilité de finaliser son enquête.

Il faut demander aussi la création d'une commission d'enquête officielle des Nations unies sur la situation bien précise qui vient d'avoir lieu. Nous l'avons également fait en déposant un texte au Sénat rappelant l'importance et la condamnation forte qui doit être faite de toutes les violences entre Palestiniens et Israéliens, à savoir la politique israélienne d'occupation, de colonisation, d'annexion et de ségrégation dans les territoires palestiniens, y compris à Jérusalem Est et la nécessité de mettre fin à toutes les violences et toutes les atteintes au droit international, au droit international humanitaire et aux droits humains.

Ce sont des éléments particulièrement importants à mettre en place sachant que nous avons la possibilité de mettre en place, au niveau européen notamment, la politique de différenciation dans nos relations diplomatiques et économiques entre les colonies israéliennes implantées dans les territoires occupés et les relations avec Israël de manière générale.

Voilà, Monsieur le Ministre-Président, les éléments sur lesquels je voulais revenir. Nous aurons sans doute d'échanger encore plus avant sur les différents textes. Je vous remercie.


M. Bastin (cdH) – Monsieur le Ministre-Président, on peut dire nous sommes tous à l'unanimité interpellés par la situation. C'est vrai que mes deux collègues ont déjà fait un état précédemment, je vais donc essayer de ne
pas être trop redondant sur la situation.

Il était aussi très important pour moi de vous en faire part, raison de mon interpellation. On remarque depuis le début du mois de mai, un nouveau cycle de violence et de haine qui a resurgi entre les Palestiniens et les Israéliens après des manifestations qui ont fait suite à la menace d'expulsion, comme vient de le dire ma collègue, des familles palestiniennes au profit de colons israéliens à Jérusalem Est, un secteur palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

Depuis lors, d'une part des citoyens palestiniens subissent une violence policière disproportionnée et d'autre part des roquettes par centaines visent de manière indifférenciée les populations civiles en Israël, n'épargnant
bien sûr pas les enfants.

Un cycle de violence qui a pris une nouvelle dimension suite à l'intervention aérienne de l'armée israélienne sur les villes de la Bande de Gaza générant à son tout de nouveaux tirs de roquettes sur Israël et la montée de nouvelles tensions dans les villes israéliennes et aux frontières notamment du Liban et de la Jordanie. Si cette situation est la conséquence d'une responsabilité partagée, elle résulte notamment de la politique sécuritaire israélienne qui fait payer un prix indécent aux Palestiniens qui est un grignotage permanent de nouveaux territoires via la politique de colonisation, enfermement des Palestiniens dans des villes encerclées, et cetera. Il est vrai que depuis le début de mon interpellation, la situation a encore évolué puisque le 20 mai était conclu un cessé le feu entre le Hamas et Israël. Le bilan de ces derniers affrontements israélo-palestiniens est totalement effrayant. On parle de 243 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants. Selon les autorités de santé du Hamas à Gaza, il y a aussi plus de 1 900 Palestiniens qui ont été blessés, dont 560 enfants, 1 447 habitations ont été également touchées. En Israël, plus de 4 300 roquettes ont été tirées en 11 jours faisant 12 morts d'après la police, 357 Israéliens ont également été blessés, selon l'équivalent israélien de la Croix rouge.

Qu'en sera-t-il à présent de la suite ? Des questions et incertitudes se posent et pèsent toujours. Comment relever la crise humanitaire qui s'annonce à présent ? Aucune solution durable ne pourra être trouvée pour assurer une stabilité et une paix durable au Proche Orient sans un accord de paix qui reconnaît la coexistence légitime de deux états, d'un côté l'État d'Israël et de l'autre un État de Palestine indépendant, démocratique et viable, coexistant dans la paix et la sécurité. C'est pourquoi en 2014 déjà, une proposition de résolution relative à la reconnaissance officielle de l'État de Palestine avait été adoptée au Parlement de Wallonie.

Depuis le début du mois de mai, de quelles manières la Wallonie et la Belgique se sont-elles mobilisées dans l'objectif de mettre fin à ce nouveau cycle de violence entre les Palestiniens et les Israéliens ?

Vous annonciez lors de la dernière séance plénière qu'une rencontre était prévue prochainement avec l'Ambassadeur de Palestine.

Cette rencontre a-t-elle eu lieu ? Si oui, quelles ont été vos discussions ?

De quelle manière avez-vous partagé votre analyse de la situation actuelle ?

Quelle position avez-vous portée pour la Wallonie ?

Quel est l'état des relations entre la Wallonie et la Palestine ?

Si vous n'avez pas encore eu cette rencontre, quel est le timing prévu pour l'organiser ?

Avez-vous également sollicité une rencontre avec l'ambassadeur d'Israël ? Si oui, quand se tiendra-t-elle et quel sera le message que vous porterez lors de cette rencontre ?

Dans le cadre de ce regain de conflit, quel levier de la diplomatie belge et européenne pourrait être actionné pour favoriser le processus de paix et le dialogue entre les deux États ?

Comment la Wallonie s'inscrit-elle dans ces processus diplomatiques ?

Quelles sont également vos relations et quelle coordination avec le Gouvernement fédéral dans l'objectif de mener des efforts bilatéraux et
multilatéraux en partenariat avec l'Union européenne en vue de parvenir à une solution politique négociée et fondée sur la coexistence de deux États ? Est-ce un objectif que vous poursuivez ?

Monsieur le Ministre-Président, de quelle manière envisagez-vous les futures missions économiques et les collaborations de la Wallonie avec les acteurs palestiniens et israéliens ? Allez-vous donc conditionner ces missions ? Si oui, dans quel sens ?

Enfin, je souhaiterais vous interroger sur la crise humanitaire qui s'annonce à présent. Comment y répondre ? De quelle manière la Wallonie participe-t-elle ? Qu'en sera-t-il de la suite ?


M. Wahl (MR) – Monsieur le Ministre-Président, chers collègues, c'est un conflit qui est probablement un des plus vieux qui touche notre humanité. Le conflit israélo-palestinien, cela fait des millénaires. Je me souviens, au
moment de la guerre des Six Jours, j'avais 12 ou 13 ans et cela faisait forcément la Une de l'actualité. Je me souviens de cette consternation, de cette crainte aussi qu'il y eût des conséquences potentielles pour la paix
mondiale, mais aussi de cet appel à éradiquer, purement et simplement, l'État d'Israël et tous ses habitants de la planète. C'était un langage qui survenait assez peu de temps après ce que nous avions connu pendant la
Shoah. C'est une histoire dramatique parce qu'un drame en a provoqué un autre, celui des populations palestiniennes qui vivent dans une forme de ghetto insupportable, insoutenable, qui ne peut que provoquer le désespoir. Et ce qui provoque le désespoir provoque la révolte et la colère. C'est quelque chose d'inévitable.

C'est un problème extrêmement délicat où il faut éviter de tomber dans la caricature. Il n'y a pas de bons, il n'y a pas de mauvais, il n'y a que des victimes civiles qui, elles, sont toutes malheureuses. Cela a été dit.

Des milliers de roquettes sont tirées à l'aveugle sur les populations civiles en Israël. Ils ont, heureusement pour les populations civile, un système d'interception relativement efficace. Des frappes israéliennes absolument
non proportionnées, même s'il faut reconnaître le droit d'un État à se défendre lorsqu'il est attaqué. Le bouclier antimissile et antiroquette dont dispose l'État d'Israël fait partie de ce droit de se défendre. Mais, très manifestement, on voit bien que la violence amène la violence et que celle-ci est devenue excessive comme dans tous les conflits qui ont frappé cette région, très malheureusement.

Je voudrais rappeler, Monsieur le Ministre-Président, la position de notre pays qui est très ferme en la matière et qui a été rappelée par la ministre des Affaires étrangères tout récemment.

La Belgique appelle au respect du droit international. Elle condamne les tirs de roquettes du Hamas et du Jihad qui violent le droit international humanitaire. Si la Belgique reconnaît le droit d’Israël à défendre sa population civile, elle ne reconnaît pas les faits qui sont disproportionnés par rapport à ce qui pourrait justifier ce droit de défense, toujours dans le cadre du respect du droit international. Les victimes sont inacceptables, peu importe le camp dans lequel elles se trouvent.

La Belgique a appelé sans cesse Israël à arrêter les activités de colonisation, de destruction et d’expulsion qui sont contraires au droit international humanitaire et qui mettent en péril la solution à deux États. Elle a appelé
au statu quo dans les lieux saints, et c’est véritablement une des grandes et extrêmement délicates problématiques de ce conflit. Nous avons aussi toujours soutenu les initiatives diplomatiques qui visent à mettre un terme à l’escalade des violences actuelles.

Il faut que notre pays s’inscrive pleinement dans la politique menée par l’Union européenne et qu’elle soit le moteur dans le but d’assembler les États européens pour une position commune et forte en ce qui concerne les
possibilités de résolution de ce conflit, mais ne soyons, malheureusement, pas trop optimistes, on sait combien tout cela est compliqué.

Une réunion entre ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne a eu lieu le 18 mai dernier, afin de voir de quelle manière l’Union européenne pouvait contribuer à casser le cycle de violence et permettre un retour au processus de paix. Des sanctions immédiates sont réclamées par certains.

Est-ce vraiment le moment d’entamer ce type de démarche, alors qu’il y a une forme d’apaisement, ce quand c’est surtout la voie du dialogue et de la diplomatie qui doit essayer de primer ?

La Belgique – je le rappelle – soutient et applique déjà le principe de différenciation. Comme l’a rappelé l’accord du Gouvernement, le Gouvernement ira dans le sens d’une politique de différenciation bilatérale et
multilatérale à l’égard des colonies israéliennes.

Beaucoup de choses sont faites par notre pays, qui ont d'ailleurs toujours été soutenues par notre Région. Nous maintenons la demande d’une solution à deux États. Nous devons le faire avec nos partenaires européens et les
organisations internationales. Nous devons soutenir tous les efforts favorisant la reprise des négociations de paix crédibles. Notre objectif est de parvenir à une paix juste et durable, qui rencontre les aspirations des deux peuples à vivre en sécurité. La reconnaissance de l’État de Palestine doit se réaliser dans le cadre d’un processus de négociation. Nous souhaitons que cette reconnaissance mutuelle soit le fruit d’un accord de paix définitif qui permettra enfin aux deux parties de vivre en paix.

J’en arrive à ma conclusion, Monsieur le Ministre-Président. Nous devons tout faire pour éviter d’importer en Belgique un conflit qui aurait des relents de communautarismes. Nous devons être extrêmement attentifs à cet
égard-là.

Je ne pense pas qu’il devrait y avoir, lorsque l’on a un peu de bon sens, de divergences entre nous. Le tout est d’essayer de trouver une solution.

Je ne me fais pas trop d’illusion, soyons modestes, sur l’impact qu’auront nos débats sur les partis concernés.

Nous avons d’un côté un État qui, certes, a tout une histoire extrêmement compliquée, mais qui, en se créant, a créé d’autres difficultés. Nous avons une Palestine qui a une autorité reconnue par la Belgique, mais qui n’a que
peu de pouvoir et quelque part, le seul interlocuteur est une organisation considérée comme terroriste. Le Hamas a ainsi été remis sur la liste – cela date de 2003 – actualisée en juillet 2020 des organisations terroristes.

Il est considéré par la communauté internationale comme une organisation terroriste. On est dans une situation extrêmement complexe. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il suffit de faire ceci ou cela pour trouver une solution. On est dans un drame humain qui dure depuis tellement longtemps.

Par contre, Monsieur le Ministre-Président, je pense qu'il est important de vous entendre sur le rôle – tout en restant à notre niveau, nous le savons – que peut jouer la Wallonie. Quels peuvent être vos rapports dans le cadre belge pour essayer que notre pays pèse au mieux dans le cadre d'accords de paix ?


Mme Bernard (PTB) – Je voulais aussi me joindre aux interpellations qui ont été déposées, en réaffirmant que nous sommes tous, ici autour de la table, concernés par la situation dramatique qui se vit en Palestine. Nous aurions aimé que ce soit déjà discuté lors de la plénière précédente. Les autres députés en ont décidé autrement. Nous pensions que c'était urgent. Mais soit, on en discute aujourd’hui. La situation est dramatique, et la question est : quelle est l'analyse que l’on en fait ? Et que propose-t-on pour trouver une solution ?

L'analyse que l’on en fait, de la part du PTB, il y a quelques nuances par rapport à ce que j'ai entendu cet après-midi. Plusieurs collègues disent qu'il y a deux parties en présence, qu'il y a de part et d'autre des actes de violence. Je pense que quand on relit un petit peu toutes les résolutions que l'ONU a écrites sur le sujet, sur la situation en Palestine, on ne peut pas nier qu'il y a un État qui en occupe un autre. Les territoires palestiniens sont des territoires occupés. Et l'ONU reconnait et exige que l’État d'Israël cesse cette occupation, se retire des territoires occupés, et rendre aux Palestiniens les maisons, les terres qu'ils ont confisquées, et que l’État d'Israël permette le droit au retour des Palestiniens. C'est l’enjeu de toute la discussion.

Il y a des moments où cela se manifeste de façon plus violente, parce que la population palestinienne qui est confrontée à cette attitude de l’État d'Israël qui vient confisquer les maisons, la terre, qui a coupé l'eau, qui empêche les agriculteurs de cultiver les olives, les citrons, tout ce dont ils ont besoin pour manger, mais aussi pour faire du commerce. C'est inacceptable.

Je comprends, Madame Gahouchi, toutes les demandes que l'on a déjà faites. Elles sont là, légitimes et justes.

Mais on se rend compte que toutes ces demandes et tous ces textes ne suffisent pas à faire changer la situation, et ne suffisent pas à faire qu'Israël se retire de la Palestine. C'est pour cela que je pense et que le PTB pense que
c'est en prenant des sanctions que l’on va y arriver.

Concernant les sanctions en question, je ne comprends pas bien, Madame Ryckmans, pourquoi vous avez dit qu'il y a peu de chances que les demandes du PTB aboutissent. C'était une question que je voulais poser à M. le
Ministre-Président. On a un bureau de l'Awex à Tel-Aviv qui est une représentation commune de la Région wallonne et de la Région bruxelloise.

Fermer ce bureau est une façon de dire à l’État d’Israël que l'on va arrêter
de faire du commerce avec eux, on va arrêter les échanges économiques.

C'est quelque chose qui peut montrer que les mesures que l'on veut prendre sont effectives. Ce ne sont pas des paroles en l'air, on le fait.

De même pour l'envoi de missions économiques. C'est vrai qu'il y a un certain temps que l’on n'en a plus envoyé. Je pense que c'est une bonne chose et que c'est le résultat de toute une série de protestations. Si la Région wallonne dit maintenant dans un texte : « c'est fini, on n'enverra plus de missions économiques en Israël», je pense que cela peut avoir un effet.

Comme on l’a fait du temps de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, cela peut renforcer toutes les actions que le peuple palestinien mène pour retrouver son territoire et son autodétermination. Cela permettra aussi d’avoir une solution à deux États. Si l'on prend des sanctions et que la situation s’apaise, même s'il faudra encore un certain temps, cela pourra inciter Israël à se retirer et permettre aux Palestiniens de se construire leur propre État et leur propre identité, dans une ambiance plus sereine.

Ce n'est pas le Hamas qui dirige tout. D’autres forces politiques existent en Palestine et s’efforcent d’essayer d’organiser la vie sociale et culturelle, l’enseignement, et cetera.

En prenant des sanctions contre Israël, si Israël se dit : « OK, je dois faire attention, je vais me retirer », cela donnera plus d’espace aux Palestiniens pour se consacrer à la construction de leur propre État et de leur propre système démocratique.

C'est la voie que l'on doit susciter ensemble. On est tous d’accord sur le fait que la situation est dramatique et qu’il faut trouver une solution. Jusqu’à maintenant, les textes que l'on a votés et les appels que l'on a lancés sont
sans effet. C’est pour cela qu'il faut aller un pas plus loin.

Il y a d’autres niveaux de pouvoir et l’État fédéral devrait reconnaître l’État de Palestine. On pourrait demander chaque année de faire une résolution pour reconnaître l’État de Palestine. Il y a aussi le fait que l’Union européenne considère Israël comme un partenaire commercial privilégié. Cela doit-il rester comme cela ?

Nous pensons que non. Ce serait une possibilité pour la Wallonie et l’État fédéral belge de plaider pour que cela change à l’avenir.

Madame Ryckmans, vous avez dit : « Il faut réagir et il faut agir ». Les actions doivent être des actions de ce type, des actions effectives qui imposent à Israël de changer son comportement et de rendre enfin aux Palestiniens le territoire qu’ils ont perdu depuis 1967, mais même aussi avant, depuis 1948.


M. Di Rupo – Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, il est inutile de rappeler qu'un cessez-le-feu est intervenu ce vendredi. L’arrêt des hostilités est à saluer, même si la situation sur le terrain reste – c’est le moins que l'on puisse dire – extrêmement fragile. Il s’agit d’un soulagement et en particulier pour les trop nombreux civils, victimes de ce conflit, qu’ils soient Palestiniens ou qu’ils soient Israéliens.

Le conflit a été particulièrement meurtrier dans la bande de Gaza, où l'on compterait plus de 230 décès, dont une soixantaine d’enfants. Selon les Nations unies, 47 000 Palestiniens ont été déplacés par le conflit, plus de
130 bâtiments résidentiels et commerciaux ont été réduits et détruits, et 2 500 personnes ont perdu leur maison dans les bombardements.

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens a appelé ce week-end la communauté internationale à fournir rapidement des aides médicales et alimentaires à la population. Les besoins en aide humanitaire sont urgents à Gaza, qui est sous strict blocus israélien depuis 15 ans. Le cessez-le-feu devrait à présent permettre un accès plus aisé de l’aide humanitaire internationale. De nombreux pays ont déjà annoncé une aide, dont la Belgique – pas besoin de le rappeler –, avec un montant de 8 millions d'euros.

Dans ce contexte, la Wallonie apportera aussi sa contribution financière. J'ai en effet décidé de débloquer une aide humanitaire d'urgence de 400 000 euros qui sera destinée en priorité à la population civile de la Bande de Gaza. Cette aide se consacrera essentiellement aux soutiens des moyens de subsistance tels que la fourniture d'eau, de nourriture, de médicament, de kits d'hygiène ou encore au soutien psychosocial.

La Wallonie, via WBI, travaillera en collaboration avec deux associations ayant sollicité des interventions d'urgence. Il s'agit d'OXFAM, d'une part, et de Médecins du Monde, d'autre part. L'une et l'autre disposent d'une expérience reconnue sur le terrain.

OXFAM se concentrera sur les besoins de base tels que la distribution de kits d'hygiènes. Médecins du Monde concentrera son intervention sur l'aide médicale et la réhabilitation des hôpitaux et des centres de soin dont, malheureusement, beaucoup ont été détruits.

J'aimerais, à présent, revenir quelques instants sur quelques questions abordées dans les interpellations.

Certains l'ont rappelé, j'ai bien sûr condamné et, comme d'autres responsables, nous avons demandé l'arrêt des hostilités de part et d'autre. Le cessez-le-feu est une première étape importante.

Le Conseil de Sécurité de l'ONU a adopté samedi sa première déclaration depuis le début du conflit. Il a rappelé au respect complet du cessez-le-feu. Il a également souligné le besoin immédiat d'assistance humanitaire à la
population civile palestinienne, plus particulièrement à Gaza.

À présent, il est primordial de recréer les conditions d'une reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens pour la réalisation de la solution en deux étapes. J'ai écouté avec beaucoup d'attention les interventions des uns et des autres. Dans ce terrible conflit, malheureusement, il n'y a pas de solution simple. «

Il n'y a qu'à », ce serait formidable, mais, malheureusement, c'est bien plus complexe. J'imagine que, vous comme moi, nous sommes allés à maintes reprises tant en Israël qu'en Palestine, et l’on mesure l'enchevêtrement, les complications, les dimensions politiques extrêmement difficiles.

Ensuite, il y a le droit international et son respect, le droit international humanitaire, le droit international est essentiel dans les relations internationales. L'usage disproportionné de la force et la politique de colonisation du Gouvernement israélien sont contraires à ces droits. La résolution 23/34 du Conseil de sécurité de l'ONU adopté en 2016 constituait à cet égard une décision historique. Elle précisait clairement que la création des
colonies était une violation du droit international, droit, qui je le répète, doit être respecté.

En ce qui concerne la réponse de l'Union européenne sur ce conflit, elle n'est malheureusement pas unanime.

C'est d'ailleurs, reconnaissons-le, un problème gigantesque. Ce n'est pas le seul sujet d’importance pour lequel il n'y a pas d'unanimité.

Lors du Conseil informel des ministres des Affaires étrangères, ce 18 mai, l'Union européenne n'a pu parler d'une seule voix, notamment en raison du blocage de la Hongrie. Il faut espérer, cependant, que l'Union européenne puisse jouer un rôle actif au sein du Quartet pour le Moyen-Orient, Quartet qui vient d'être réactivé pour réaliser une médiation dans le processus de paix israélo-palestinien.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a annoncé ce lundi se rendre à Jérusalem, Ramallah, au Caire et à Amman. La Wallonie a été associée aux discussions relatives à la position belge lors de sa réunion de coordination en préparation du conseil informel du 18 mai.

Lors de cette coordination, il a été décidé que le Gouvernement fédéral se saisisse du dossier au-delà des positions prises au niveau européen. À cet égard, la Wallonie souscrit entièrement aux décisions adoptées par le Gouvernement fédéral. En effet, il est primordial d'avancer avec d'autres pays européens sur la mise en place de leviers incitatifs et/ou contraignants vis-à-vis des deux parties au conflit.

Par ailleurs, je défends aussi une politique de différenciation entre Israël et les territoires occupés. La question de l'étiquetage des produits issus des colonies relève cependant du Fédéral. En ce qui concerne la notion de crime d'apartheid dont on a parlé, elle est définie au titre de la convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid et au titre du statut de Rome de la Cour pénale internationale. Quant à sa qualification à l'égard d'Israël, le débat autour de cette question est toujours vif.

À ce jour, la priorité doit se tourner vers l'apaisement des tensions et le retour à la table des négociations.

Enfin, la question des sanctions devrait être évaluée et discutée dans un cadre, reconnaissons-le, Mesdames et Messieurs les Députés, a minima européen. En ce qui concerne les missions économiques en Israël ou en
Palestine, il n'y en a plus eu de la part de la Wallonie depuis 2015 et nous n'avons pas l'intention d'en mener de nouvelles.

Quant à mes rencontres avec les ambassadeurs de Palestine et d'Israël, l'ambassadeur de Palestine je le vois la semaine prochaine. Il était prévu de voir également la semaine prochaine, pas le vendredi qui vient, mais le suivant, M. l'Ambassadeur d'Israël, mais c'est la journée choisie pour le Comité de concertation covid. Dès lors nous recherchons une date avec l'ambassadeur d'Israël et j'espère le rencontrer, idéalement, la semaine
prochaine. Nos discussions porteront, bien entendu, sur l'actualité. Pour la Palestine on abordera certainement les contours de notre coopération, mais également la situation politique.

Enfin, Mesdames et Messieurs les Députés, je terminerai sur la question de la collaboration entre la Wallonie et la Palestine. Notre politique internationale rappelle que la Palestine restera un espace privilégié de coopération.

Une cinquantaine d'opérateurs wallons y ont été actifs ces dix dernières années. Parmi ceux-ci, notamment l'AWaP qui travaille avec l'ONG Riwaq, Centre pour la conservation du patrimoine architectural.

En ce qui concerne la coopération indirecte, cinq projets sont en cours et sont menés par des ONG et des pouvoirs locaux. Un mot sur ce bureau à Tel-Aviv, Madame Bernard. Il s'agit en effet d'un bureau avec un agent de Bruxelles, mais le bureau se préoccupe et couvre non seulement Israël, mais la Palestine aussi. C'est une personne, bien sûr on peut faire des gestes, mais nous voudrions garder le contact avec les deux États, Israël et la Palestine, parce que soyons aussi attentifs à poursuivre notre travail, et en particulier en Palestine.

Je termine en disant que nous souhaitons renforcer plus généralement l'appui de la Wallonie en Palestine, y compris en Cisjordanie. La santé, le droit des femmes, le droit des enfants, le soutien à l’économie sont des thématiques qui me semblent utiles de développer. Merci pour votre attention.


Mme Gahouchi (PS) – Merci, Monsieur le Ministre-Président, pour ces éléments de réponse. Nous sommes tous ici, autour de cette table, conscients de ce qui se passe depuis malheureusement de longues décennies.
Même si l’on s’en enorgueillit parfois, notre petite Wallonie ne peut rien faire seule et c’est pour cela que je vous ai énuméré les demandes au niveau du Fédéral. Des demandes qui sont à ma foi plausibles.

Mme Bernard, je suis allée en Palestine. J’ai rencontré des Israéliens. J’ai rencontré des Palestiniens qui avaient été exhortés à sortir de leur maison. J’ai rencontré des fermiers qui se trouvaient sur le bord de la route parce les colons les avaient déplacés un soir. Ils ont eu 10 minutes pour sortir et quitter leur ferme et leur maison. J’ai rencontré des Israéliens et des rabbins, on les avait reçus en 2015 au Sénat, qui avaient créé une association pour venir en aide à ces Palestiniens colonisés.

Je pense qu’il y a là deux peuples qui ont réellement envie de vivre ensemble. Ce qui me fait peur aujourd’hui, c’est que l’on arrive à une guerre de religion.

Parce que j’entends parfois et trop souvent à mon goût que l’on oppose les musulmans aux juifs. Or, ce n’est pas du tout cela. Les Israéliens arabes ou les Israéliens juifs sont unis dans cette demande de paix.

D’ailleurs, à la manifestation de dimanche dernier, il y avait des musulmans. Il y avait l’Association juive de Belgique qui était présente et qui soutenait ce mouvement.

Il faut donc vraiment être prudent et je pense que tout le monde l’a été ici. Il ne faut pas arriver à ce qu’il y ait une escalade de violence qui s’exprimera uniquement sur le terreau religieux.

Même si l’on déplore que la mosquée et des lieux saints aient été profanés par des armes. Bien sûr qu’on le déplore et que cela ne peut pas se reproduire. Aucun lieu saint, que ce soit une synagogue, que ce soit une mosquée, que ce soit une église, ne peut être profané par quiconque.

Aujourd’hui, il n’y a pas des musulmans contre des juifs, il y a des colons contre des colonisés. Si l’on veut faire aboutir des choses, il faut être réaliste. Il faut être réaliste, mais pertinent. Il faut absolument que l’on puisse sortir avec un texte cohérent, réfléchi, mais surtout réaliste. On pourrait aller même plus loin dans nos idées et dire... Évidemment, je rêve – comme beaucoup de gens ici, je pense – que les Palestiniens et les Israéliens deviennent des frères.

On est conscients aussi qu'il y a des extrémistes de part et d'autre et que ce conflit arrange bien les extrémistes, on est conscients de cela. On est conscients que l'extrême droite d'un côté et l'extrême droite de l'autre ont un
seul but, c'est d’accéder au pouvoir politique.

J'ai entendu, via une radio arabe, qu'à la Knesset des députés israéliens demandaient l'arrêt de la colonisation.

Aujourd'hui, ce que nous voulons, ici, dans ce débat, et on en mesure évidemment toute la sensibilité, c'est arriver avec un texte réaliste, pertinent.
Même si vous savez que notre rôle de politique est d'essayer de faire avancer le schmilblick, Monsieur le Ministre-Président, et que ce dont nous avons envie, personnellement, n'est pas toujours le reflet des textes.

Je ne suis pas du style à dire : « Il n'y a qu'à faire cela, il n'y a qu'à dire cela, pour que cela arrive ». Je pense qu'il faut être objectif, qu'il faut être de bon compte. Il y a des impératifs et il me semble que dans ce que nous proposons, il y a énormément d'avancées. Je suis fière, ici, en tant que députée wallonne, que notre parti, avec d'autres groupes, Ecolo, cdH à l'époque, et MR, nous avions voté les premiers la reconnaissance de l'État palestinien et vous avez raison, pourquoi pas, à chaque fois redemander au Fédéral la reconnaissance de cet État pour qu'il puisse y avoir deux États l'un en face de l'autre et pas une organisation en face d'un État.

Voilà, Monsieur le Ministre-Président, merci pour vos éléments de réponse. Je pense que l'on reviendra sur vos rencontres avec les ambassadeurs parce qu'il me semble important que nous puissions suivre cela.

On souhaiterait que cela s'arrête très vite, mais je pense que l'on n'est pas des enfants de chœur et on sait très bien que ce n'est pas un débat, ici, en commission, qui arrêtera quoi que ce soit, mais qui pourrait faire en tout
cas avancer les choses.


Mme Ryckmans (Ecolo) – Je remercie M. le Ministre-Président pour ses longues explications, à la fois sur l'annonce de l'aide humanitaire accordée à Gaza dans l'urgence.

Une somme certes peut-être modeste, mais quand même importante avec un focus particulier pour les civils de Gaza et le passage par deux ONG spécialisées en la matière. Premier élément.

Deuxième élément sur lequel je voulais revenir, c'est effectivement les avancées nécessaires et possibles au sein de l'Europe et en même temps le blocage que constitue la position de la Hongrie. C'est en ce sens-là, Madame
Bernard, que je dis qu'il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas réalistes, si l’on dit que l'on veut plaider au sein de l'Union européenne pour avancer, c'est méconnaître ce blocage, tout en voulant évidemment trouver des solutions pour le lever et trouver des alternatives à ce blocage-là.

J'entends aussi la réponse de M. le Ministre-Président sur les missions économiques et là, je suis particulièrement contente de l'entendre dire qu'il n'était pas dans son intention d'en organiser d'autres puisque la mission économique qui était prévue pour le 12 mai dernier, d'après la réponse que j'ai reçue, a été annulée à cause de la situation sanitaire et pas pour d'autres raisons.

S'il y a une autre motivation claire à ne pas et à ne plus en organiser à l'avenir, c'est évidemment un élément important sur lequel je reviendrai. J'avais évoqué en commission, la semaine dernière, l'importance de mettre cette question à l'agenda, notamment lors de la remise à jour du contrat de gestion avec l'AWEx.

C'est un élément utile et important à connaître de votre part.

Concernant les rencontres avec les ambassadeurs, c’est important que vous ayez une voix claire. Avec la Palestine, vous rappelez la coopération ancienne et qui continuera tandis qu’avec Israël, il importe de mettre les choses à plat, car il n’y a pas de coopération, d’accord, ou de partenariat officiel entre la Wallonie et Israël.

Pour revenir sur des éléments évoqués par Mme Gahouchi, il est évident – je pense qu’il faut le rappeler – que nous ne pouvons pas nous contenter de la mise en place d’un cessez-le-feu et de l’octroi de l’aide humanitaire, mais saisir ce momentum pour avancer diplomatiquement avec une nouvelle administration américaine qui aura peut-être une autre position que par le passé. En tout cas, le président américain a un autre point de vue
que celui du président précédent.

L’arrêt complet de la colonisation est un élément très important, car c’est cette politique de colonisation, d’expulsion et, petit à petit, de morcellement du territoire palestinien, qui en fait de facto une situation de ségrégation et de discrimination.

En effet, quand on se rend en Palestine et en Israël, on ne sort jamais indemne d’un tel voyage. Mme Gahouchi l’a rappelé, moi aussi, il est évident que lorsque l’on va sur le terrain, on constate cette politique de découpage,
de morcellement, de ségrégation qui réduit progressivement depuis 1948 – et on peut le voir sur toutes les cartes – chacune des parcelles du territoire palestinien, rendant de plus en plus illusoire ou difficile l’espoir d’une solution à deux États.

Cette politique de découpage du territoire oblige les Palestiniens tous les jours, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, en butte à ces ségrégations et humiliations, de devoir passer des checkpoints, de devoir attendre devant les murs et les grilles pour passer et avoir accès à leur territoire, à leurs terres, leurs parcelles, leurs maisons, voire à des soins de santé. C’est à cela que l’on est confronté sur le territoire.

Il faut mettre un terme à cette colonisation qui est contraire au droit international et est condamnée par les Nations Unies. Il faut rappeler et mettre en œuvre les moyens pour y mettre fin une bonne fois pour toutes.

Quand je dis qu’il faut mettre fin à la racine du conflit, c’est en particulier à cela que je fais référence.

Il convient aussi de rappeler que les politiques de ségrégation touchent aussi bien des Palestiniens chrétiens que des Arabes israéliens puisque les Arabes
israéliens ont de plus en plus de difficultés à se faire entendre.

L’année dernière, en avril, l’ancien président de la Knesset et d’autres parlementaires s’étaient insurgés contre cette politique d’annexion du territoire jusqu’au Jourdain. Cette politique expansionniste d’Israël est donc condamnée de plus en plus, y compris à l’intérieur des frontières d’Israël. Je pense qu’il est important de rappeler que ces demandes sont également exprimées au sein même de ce pays.

Enfin, pour terminer, Madame Bernard, quand je vous interpellais sur la faisabilité d’un certain nombre de vos propositions, cela concerne essentiellement des mesures sur lesquelles vous appelez le Gouvernement fédéral à plaider, par exemple, pour interdire l’accès à toute personne impliquée dans la colonisation des territoires palestiniens dans l’espace Schengen ou à plaider pour l’interdiction des échanges financiers avec les
entreprises. La faisabilité n’est pas encore « possible » et c’est justement là que réside l’objectif de la politique fédérale et de l’accord du Gouvernement fédéral de septembre 2020, à savoir, de mettre en œuvre très concrètement cette politique de différenciation.

Comme je l’ai dit, nous avons, pour la première fois, dans un accord gouvernemental fédéral, des dispositions qui le précisent. C’est là-dessus que je pense important d’agir maintenant et donc de renforcer la recherche de
solutions et la mise en œuvre de solutions concrète à ce niveau.


M. Bastin (cdH) – Je tiens à remercier le ministre-président pour ses réponses détaillées. Comme mes deux collègues précédents, c’est vrai qu’il faut continuer à avancer pour essayer de trouver des solutions, mais il faut
aussi être réaliste. Ce n’est pas la petite Wallonie qui va résoudre ce genre de conflit, mais je pense qu’il faut maintenir la pression.

Je pense que la semaine prochaine, M. le Ministre-Président, dans votre rôle, c’est aussi de l’annoncer aux deux ambassadeurs, au moins un qui est fixé et l’autre nous verrons bien. Nous ne manquerons pas de revenir vers
vous sur le sujet.

Il est vrai que, modestement, on peut se réjouir que nous ayons amené de l’aide humanitaire par deux associations bien connues et reconnues. C’est vrai qu’il faut maintenir le respect complet de ce cesser le feu. Il faut avoir aussi cette dose de réalisme sur la situation. Il est vrai que si l’on veut, à mon avis, trouver une solution, c’est probablement au niveau de l’Europe, voire à l’international, que l’on pourra y arriver.


M. Wahl (MR) – Brièvement, Monsieur le Président, j’ai apprécié la réponse du ministre-président, parce qu’elle est emplie de réalisme et de modération. La difficulté, c’est de se demander comment ces gens vont encore se parler si l’on ne laisse pas uniquement la place aux extrémistes, d’un côté comme de l’autre.

Il est clair qu’en Israël où des élections se tiennent à répétition sans grande modification ne font malheureusement pas évoluer la position politique sur un certain nombre de problèmes. D’un autre côté, nous avons des terroristes, une organisation terroriste. Mme Bernard a raison, il n’y a pas que Hamas, il y a aussi des djihadistes. Il y a heureusement d’autres organisations qui sont elles tout à fait modérées.

Nous ne pouvons qu’espérer que l’autorité palestinienne va retrouver un peu de pouvoir ou un peu de représentativité, ce qui ne semble malheureusement pas le cas actuellement. Il faut donc de la modération, ce
qui manque complètement.

Je n’irai pas beaucoup plus loin. Je pense que le ministre-président a bien répondu. On s’inscrit dans une logique belge et européenne. Il faut avancer à tous les niveaux tant que faire se peut, avec conscience du fait que nous devons rester relativement modeste quant à nos réelles possibilités, mais il y a aussi une part de symbole. J’en terminerai par là.

Nous pouvons tous, dans nos différentes formations politiques, avoir des personnes qui sont proches des Palestiniens, d’autres qui sont proches de Juifs. C’est quelque chose qu’il faut respecter. Lorsque l’on parle avec les uns et les autres, on se rend compte combien tout cela est extrêmement compliqué. Il n’y a malheureusement pas une solution simple qui se présente à nous.


Mme Bernard (PTB) – Je remercie M. le Ministre-Président, pour les réponses qu'il a apportées aux questions des unes et des autres.

C'est important d'avoir dégagé une somme considérable pour apporter une aide urgente aux populations palestiniennes. C'est la preuve qu'en Wallonie, beaucoup de monde se sent concerné par la situation là-bas. Moi aussi je suis allé en Palestine, moi aussi j'y ai rencontré des gens, des Palestiniens, des Israéliens, de religion différente. Les Palestiniens sont musulmans, sont chrétiens, il y a des Arabes juifs, il y a des Israéliens qui ne sont pas juifs, et cetera. Ce n'est pas une question de religion. C'est une question d'un État qui colonise des territoires qui ne lui appartiennent pas. Cela reste le cœur de l'affaire.

C'est là que l'on doit, à notre façon, faire des petits pas. C'est vrai, vous avez dit : « La petite Wallonie toute seule, que peut-elle faire ? Il faut une solution à minima de dimension européenne. » Bien sûr. Mais on peut aussi faire des premiers pas et donner des signaux, donner des exemples. Cela peut permettre aux autres de se dire : « S'ils ont eu le courage de le faire, on va le faire aussi ».

C'est dans ce sens-là qu'il faut continuer à aller de l'avant.

Monsieur le Ministre-Président, vous avez dit qu'il n'y a plus d'intention de faire des missions économiques pour le moment. Une était prévue récemment et a été annulée pour des raisons sanitaires. Ce serait bienvenu d'avoir un texte officiel du Gouvernement wallon qui dit : « Nous n'irons plus faire des missions économiques en Israël, quelle que soit la raison ».

D'autre part, sur le bureau de l'AWEx, vous dites que ce bureau entretient des relations aussi bien avec Israël qu'avec la Palestine. Ce ne sont pas les échos que nous en avons. Lorsque l'on va sur le site du bureau de l'AWEx à Tel-Aviv, il y a beaucoup d'indications sur les relations avec Israël, mais il n’y a rien sur la Palestine. J'ai bien entendu – je pense que vous avez vraiment l'intention de le faire – que vous souhaitez garder des contacts avec les Palestiniens et d'avoir des contacts avec Israël, parce qu'il faut continuer de discuter avec Israël pour arriver à ce qu'ils se retirent des territoires palestiniens. Tout cela, ce sont des démarches qu'il faut faire. C'est un petit pas que je ne comprends pas bien. Tout le monde ici est concerné par la situation, tout le monde est révolté par ce qui se passe là-bas, mais il y a ce petit pas que l'on hésite à faire, pour dire que l'on va prendre des sanctions concrètes contre l'État d'Israël. On doit quand même constater que pour prendre des
sanctions contre la Russie et la Chine, ce petit pas, on l'a fait. On l'a demandé.

On ne le fait pas contre l'État d'Israël. C'est dommage de devoir le constater encore aujourd'hui. Je terminerai en demandant s'il est possible que nous votions sur la proposition de résolution que nous avons introduite et qui était l'objet de ma première intervention dans ce débat.


M. Wahl (MR)
– La majorité a déposé une motion, et nous l'avons proposée également au cdH. Mais je comprends qu'il faut le temps nécessaire pour l'examiner. Donc ce n'est vraiment pas un reproche. Vous verrez
bien ce qu'il en est.

Ce qui est proposé par le PTB est, comme souvent, d'un tel unilatéralisme qu'il semble extrêmement difficile d'imaginer même le soutenir.

On pourra voir que la motion déposée par la majorité est équilibrée, raisonnable, et surtout qu'elle permet au Gouvernement wallon d’agir probablement avec un maximum d’efficacité dans ce contexte difficile.


Mme Ryckmans (Ecolo) – Je proposais qu'elle soit présentée cette motion.

Cela me semblerait utile.

Pour répondre à Mme Bernard, il y a des éléments. Je le rappelle, nous souhaitons nous inscrire dans la déclaration du Gouvernement fédéral qui prévoit un certain nombre de mécanismes dans la mise en place des
mécanismes de différenciation et des sanctions en cas d'annexion. Mais on peut peut-être la présenter.


M. Hazée (Ecolo) – Sur la résolution, il me paraît important que, par exemple, les primosignataires de ce projet de motion puissent l'exposer ici, dans la commission. En effet, dans le débat sur la proposition de résolution, c'est aussi un élément de contenu très important.

Il s’agit bien dans ce projet de motion d'affirmer une position forte de la part de la Wallonie, une position cohérente et tournée vers l'action, en soutien du Gouvernement wallon, et en cohérence avec l'action fédérale dont les uns et les autres ont pu tout à l’heure mettre en exergue les traits principaux et les trais inédits sous cette législature.


M. Bastin (cdH) – Rapidement, je voudrais justifier mon abstention, parce que tout n'est pas à jeter dans la proposition, mais il y a des considérants, des insinuations, des termes juridiques. On parle à un moment de concept d’« épuration ethnique » qui est similaire au « génocide ». C'est un terme qui peut poser question, d'autant que la notion de « nettoyage ethnique » est complètent indéfinie sur le plan juridique.

Dans la proposition du PTB, je viens de le dire, il y a des choses très positives.

On les a entendues, mais je trouve que, à un certain moment, on ne peut pas voter pour la proposition comme elle est présentée là.

Je tiens aussi à remercier la majorité qui nous avait proposé de signer, mais on n'en a pas eu le temps : c'est un sujet très délicat, et l'on ne sait pas le régler sur le coin de la table. Nous avons déposé une motion à titre conservatoire et l'on verra ce qu'il en deviendra en plénière.


  • Une motion motivée a été déposée en conclusion de l'interpellation de M. Bastin par MM. Bastin et Desquesnes (Doc. 592 (2020-2021) N° 1) ;
  • Une motion motivée a été déposée en conclusion de l'interpellation de Mme Gahouchi par Mme Bernard (Doc. 593 (2020-2021) N° 1) ;
  • Une motion motivée a été déposée en conclusion des interpellations de Mme Gahouchi et de Mme Ryckmans par MM. Frédéric, Wahl, Hazée, Mmes Gahouchi, Galant et Ryckmans (Doc. 594 (2020-2021) N°1)


Vote sur la proposition de résolution visant à affirmer le soutien de la Wallonie au peuple palestinien et à demander des sanctions à l’encontre de l’État d’Israël (Doc. 574 (2020-2021) N° 1).


Par 7 voix contre 1 et 1 abstention, la Commission des affaires générales et des relations internationales ne recommande pas l'adoption de la proposition de résolution par l’assemblée plénière.



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